Les couleurs de l’apocalypse
Comme le feu et le fer, l’atome est capable du meilleur comme du pire. De guérir le cancer comme d’effacer Hiroshima et Nagasaki.
La bombe atomique elle-même est Dr Jekyll et Mr Hyde. Capable d’éradiquer l’humanité, ou de la sauver. En infléchissant la trajectoire d’un astéroïde qui risquerait de croiser notre Terre patrie.
Tout ça pour dire que je suis tombé par hasard sur cette collection de photos de champignons atomiques. Qui m’ont… perturbé. Notre intellect nous suggère la mort en masse, le bout de l’horreur, la fin de tout. Après tout, s’il y avait une ville sous ces champignons, cela ne changerait pas un pixel de ces images. Pourtant, honnêtement, les trouvez-vous absolument, uniquement, irrémédiablement hideuses ?
Des images de l’essai français Licorne en 1970.



Reader Comments (9)
Ou alors toute image de champignon (même non atomique) et de feu devrait être considérée comme insupportable.
Certaines images humainement terribles ont une grande beauté graphique.
C'est notre capacité de dissociation ou de synthèse entre le graphisme et le sens qu'on lui accorde (avec l'importance que l'on accordera à ce sens à un moment donné) qui est ici en cause.
Je ne pense pas qu'il y ait d'absolu : on effectue ou non la synthèse ou la dissociation.
Sinon, c'est l'homme qui est capable du meilleur comme du pire. L'atome n'a pas cette conscience, ou cette folie.
« Notre intellect nous suggère la mort en masse, le bout de l’horreur, la fin de tout. » C'est bien le ressort de la politique de dissuasion : j'ai un dard aussi dévastateur que le tien, alors réfléchis avant de m'attaquer. Ca a très bien fonctionné jusqu'ici, rien ne dit que ça continuera éternellement, mais le débat ne serait pas complet en niant cet aspect des choses.
Il sera alors bien temps de pleurer sur tant de gâchis.
Ce ne sont après tout que de "jolies fleurs", mais d'un genre qui a déjà tué, par deux fois, des dizaines de milliers d'humains. Comme je le souligne, ces mêmes fleurs pourraient sauver l'humanité. Et après tout, la balle ou la bombe qui tue ne le fait pas méchamment, il n'y a aucune raison de lui en vouloir à elle. La méchanceté est ailleurs.
Il se trouve que j'ai eu aussi un parent qui installait parfois des caméras et des trucs comme ça dans un certain désert ou sur un certain atoll, quand j'étais jeune et impressionnable.
Comme tu dis, le principe de l'équilibre de la terreur, c'est que ça doit foutre les jetons à tout le monde. Et je me demande si les "images de guerre" que nous recevons ces derniers temps ne sont pas contreproductives. Quand un kamikaze se fait sauter, il y a souvent des caméras pour nous montrer l'horreur produite par un kilo ou deux d'explosifs. Mais quand des bombes de 500 kilos sont lâchées sur une ville, on ne voit souvent que des images de jeu vidéo et/ou des montagnes de gravats.
Le plus gros problème, c'est que la dissuasion se construit à une échelle de temps qui n'a rien à voir avec celle de la succession des hommes politiques au pouvoir. Je trouve très flippant que la première (et de loin) puissance nucléaire de la planète ait pu mettre au pouvoir ce Deubeliou, qui s'avère être un grand malade. À côté de cette certitude, l'Iran mettra peut-être (je ne prends pas de pari) moins de temps à devenir une paisible démocratie parlementaire qu'à finaliser un arsenal nucléaire exploitable.
compote a venir
http://intonaco.viabloga.com/news/mur-primordial-racines#comment_1
Je partage intégralement ce point de vue et j'en profite pour en ajouter une couche.
Selon les différents angles de prises de vue des photos, exception faites de celles où apparaissent le noir et le feu, on peut y voir non seulement un joli champignon blanc dans le ciel mais également et surtout l'esquisse d'un arbre géant et cotonneux de dame nature.
Qui fait passer un message graphique de sagesse et de bienfait pour la terre et les hommes.
C'est très paradoxal effectivement, et intéressant de voir également comment un des sens (ici la vue), peut nous berner sur le sens global de la réalité perçue.
Au risque de me répéter… Nous regardons ces images 60 ans après Hiroshima et Nagasaki. Donc à une époque où bombe atomique signifie mort, souffrance, destruction, désolation, humiliation et j'en passe.
Si un jour une bombe atomique nous permettait d'empêcher un astéroïde d'éradiquer le genre humain, l'image de cette explosion-là (bien différente, d'ailleurs, de celles d'essais atomiques sur terre) deviendrait immédiatement un symbole de vie et de bonheur.