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Biocarburant à la cellulite

Soleil_Vert.jpgLiposuccions : une nouvelle source de biodiesel

Un homme d’affaire norvégien, M. Lauri Venøy, va s’installer à Miami en Floride pour lancer une production de biodiesel à partir des graisses issues des liposuccions. 60% des Américains sont en surpoids et un grand nombre d’entre eux ont recours à la liposuccion. Pour M. Lauri Venøy, cela peut représenter un marché lucratif dans le domaine des énergies renouvelables. L’entrepreneur est en pourparler avec le très grand hôpital américain Jackson Memorial en vue de la signature d’un accord, qui lui permettrait d’acquérir 11.500 litres de graisse humaine issue des liposuccions chaque semaine, et ainsi de produire 10.000 litres de biodiesel.


On pense à Soleil Vert (Soylent Green), ce film de science fiction des seventies (1974 en France) qui imaginait une humanité finissante où les vivants se nourrissaient de croquettes fabriquées à partir des morts.
Premier réflexe, vérifier la date : non, ce communiqué n’est pas sorti un premier avril. Coup d’œil sur hoaxbuster.com, excellent site d’information sur les légendes urbaines : pas un mot sur cette histoire de biodiesel à la graisse de bourrelets. L’origine de l’info ? C’est l’austère bulletins-electroniques.com, un site de veille technologique internationale, géré par le Ministère des affaires étrangères. Pas vraiment des marrants. La source citée : le quotidien norvégien Aftenposten, “très fiable” selon Courrier International.
Si j’avais le temps, je passerais bien un coup de fil au Jackson Memorial Hospital de Miami, notamment pour éclaircir ce chiffre impressionnant : 11 500 litres de gras du bide et de cellulite par semaine. Wikipedia m’affirme qu’une liposuccion déleste typiquement son patient de quelque 4 Kg. À 600 g le litre de graisse, cela nous fait du 6 litres et demi environ au patient. Est-ce qu’ils liposucent 1750 obèses par semaine, soit 250 par jour ? Ou alors, est-ce qu’ils ont un petit réseau de ramassage dans les cliniques du coin ?
Si l’on peut se demander quelle réalité se cache derrière cette histoire, nulle doute qu’elle est techniquement très plausible. Des bus au Québec biberonnent un biodiesel fabriqué à partir de résidus issus de la filière viande. Saria-industries France installe au Havre une raffinerie capable de produire 100 000 tonnes par an de biodiesel à partir de graisse animale. Or, en la matière, l’homme est un animal comme les autres…
Et à la réflexion, pourquoi la perspective de bagnoles roulant au gras humain provoque-t-elle comme un haut-le-cœur ? Parce qu’il serait choquant de récupérer ce genre de déchets ? Moi, ce que je trouve le plus glauque, c’est que nos sociétés trouvent plus vite le moyen de recycler nos kilos en trop que d’enrayer l’épidémie qui les engendre. Il faut dire que les causes premières sont des intouchables de l’époque : Coca et le sucre à tout va, McDo et la malbouffe, 6 heures de TV par jour dès le plus jeune âge, la bagnole même pour faire 100 m… Bref, des dieux de la nouvelle Olympe.

Posted on dim. 28 oct. 2007 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments15 Comments

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Reader Comments (15)

"comme un haut-le-cœur" oui :S

Et il y a comme un contraste entre ce biocarburant à la graisse et l'autre qui met le tiers monde à la diète.

dim. 28/10/07 10:33 | Unregistered Commenterghismo

Ne nous laissons pas impressionner par les zéros : 11500 litres ne sont que 11,5 mètres cubes, soit une goutte de... plus dans un océan de carburant.

Mais faisons confiance à "l'ingéniosité humaine" : si ce processus se généralisait il s'en trouverait bien pour inciter les obèses à manger encore plus pour se faire "liposucer" dans l'unique but de "sauver la planète".

Cela paraît probablement stupide, mais à bien y regarder les agrocarburants actuels, aux rendements thermodynamiques faibles et aux conséquences généralement déplorables, ne reposent-ils pas sur un mécanisme comparable ?

dim. 28/10/07 12:40 | Unregistered Commenterjcm

Le mieux c'est nous allons encore pouvoir depenser nos sous pour payer payer plusieurs fois la meme chose, la bouf de merde, la liposcucion et enfin le carburant, le top...

dim. 28/10/07 13:35 | Unregistered Commenterseb

@ghismo
Et oui, notre planète est décidément une "Terre de contrastes".
Mais le dossier est complexe : l'opposition n'est plus entre gros riches et pauvre maigres. Désolés d'utiliser des gros mots.
Aux USA, ce sont les "lower class", notamment les blacks, qui ont les plus forts taux d'obésité. Les classes aisées ont commencé à entendre les cris d'alarme sur le sujet et ont les moyens d'aller au marché acheter ces trucs que mangeaient leurs ancêtres : des légumes et des fruits. Ils vont (en voiture, faut pas rêver) dans un club de gym.
Précisons que l'obésité a également gagné des pays pauvres. Le Mexique, par exemple, talonne les USA. Après les GB, n° 3, on trouve la Slovaquie et la Grèce, bien avant l'Allemagne (n°14), par exemple. Voir les stats ici.

Il suffit de retrouver les causes habituelles : nourriture trop dense (le pire étant le "bonbon liquide", id est le soda), lipides, sucre et sel en excès, baisse de l'exercice physique… Le machinisme n'est pas pour rien dans l'affaire. Résumé, sur le site de l'OMS :

* The key causes are increased consumption of energy-dense foods high in saturated fats and sugars, and reduced physical activity.

dim. 28/10/07 14:37 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@jcm
10 000 litres de biodiesel d'origine humaine, par semaine, 500 000 litres par an, c'est très peu, bien sûr. Mais il ne s'agit que d'un hôpital. Et la liposuccion est en train de se banaliser à grande vitesse. Voir ces sujets magazines sur le "tourisme chirurgical" vers ces pays où les chirurgiens sont payés des clopinettes (par rapport à nos standards).
Mais au final, bien sûr, même si on multiplie par 1000, cela sera toujours une goutte d'huile dans un océan de pétrole.

dim. 28/10/07 14:50 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@seb
Bien vu. Payer et repayer la même chose, c'est l'une des grandes recettes de notre économie actuelle.
J'y ajoute, au risque de changer de sujet, que plus le temps passe, plus l'on paye non plus tellement ce que l'on achète, mais des coûts collatéraux de la vente. Je m'explique. Celui qui achète Vista, il paye quoi ? L'effort de développement ? Des broutilles, des centimes. Non l'essentiel du prix de vente, c'est la marge (énorme dans le cas de MS) et les formidables dépenses de marketing d'un produit dont personne n'a besoin et qu'il faut donc bien enfoncer dans la tête de ce fichu client.
Situation guère différente quand on achète un T-shirt, même chic. L'ouvrière qui l'a fabriqué touchera moins de 1%. Le coton représente encore moins. Au bout de la chaîne, le distributeur empochera entre 20 et 50%, dont une grande partie paiera le marketing. Le "coût" de la vente du T-shirt est donc à peu près 100 fois supérieur au coût de production. Ce que l'on paye, ce n'est pas un T-shirt, une production, c'est le commerce du T-shirt. Et de plus en plus surtout ce qui est dépensé (marketing, pub) pour nous pousser à acheter.

dim. 28/10/07 15:05 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@ghismo
J'oubliais : petit veinard, le Japon arrive n° 29 dans ce classement, avec 10 fois moins d'obèses qu'aux États-Unis.

dim. 28/10/07 15:08 | Registered CommenterPierre Vandeginste

P.S. : "Être riche : ça rapporte, être pauvre : ça coûte cher!" CQFD.

dim. 28/10/07 15:27 | Unregistered Commentervermeille

@vermeille
Intéressant. Voila qui mérite un développement…

dim. 28/10/07 15:30 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@ Pierre Vandeginste

Cela dit le volume en jeu, même s'il devient un jour significatif, n'est pas le problème essentiel de cette pratique.

Il s'agit de corps gras capables d'être transformés en carburants : notre nouveau cimetière est là, et cette société utilitariste à tout crin serait bien capable de convaincre certains de se vendre post mortem à Sainte Bagnole !

Mais on sait bien que la divinité supérieure est depuis un moment ce qui fait richesse matérielle, qu'elle s'écrit avec un symbole monétaire.

Tous les coups ou presque semblent permis pour la sanctifier, ce à quoi correspond en fait une privatisation de tout ce qui bouge afin d'opérer une conversion en "money".

Et que vaut l'humain là dedans ?

Quel respect lui accorde-t-on ?

Un respect inversement proportionnel au nombre d'habitants de la planète, à ce qu'il semble...

Nous savons que cette privatisation est un danger pour notre avenir commun, ce que nous confirme un chapitre de GEO-4, le dernier rapport du PNUE : "The Future Today - Towards 2015 and Beyond" (pdf, 4 scénarion pour le futur évalués sous toutes les coutures ou presque).

Privatisation de mon point de vue insoutenable d'un point de vue philosophique, mais y a-t-il véritablement des "valeurs universelles" qui pourraient nous tenir à l'écart de certains extrêmes ?

dim. 28/10/07 20:12 | Unregistered Commenterjcm

Au-delà de Soleil Vert, ne pas oublier le cultissime "Fight Club" où le héros fabriquait du savon surgras luxe++ à partir des déchets de liposuccion, justement...

Rien ne se perds, rien ne se créé,etc...

lun. 29/10/07 14:00 | Unregistered CommenterNoryungi

C'est un excellent scénario pour la Série Nip Tuck, de la lipo pour un monde meilleur, why not;)

lun. 29/10/07 15:49 | Unregistered CommenterAdel

@Noryungi
Absolument. On m'a signalé la chose.
Un trou dans ma culture. S'il n'y avait que ça…

mar. 30/10/07 02:27 | Registered CommenterPierre Vandeginste

Avec tous les obèses qu'il y a aux USA, voici une technique qui a de l'avenir !

ven. 2/11/07 11:28 | Unregistered CommenterTietie007

"We were selling rich women their own fat asses back to them" (Fight Club)

dim. 4/11/07 07:47 | Unregistered Commenterle narrateur

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