Tactile par devant et par derrière
L’interaction tactile classique présente un défaut majeur (ou plutôt index ;-) : le doigt qui touche l’écran cache ce qu’il désigne. C’est précisément cet obstacle que contourne, magistralement, le prototype LucidTouch de Daniel Vigdor (Université de Toronto) et son équipe du Merl (Mitsubishi Electric Research Laboratory), Cambridge, MA), augmentée de Patrick Baudish, chez Microsoft Research.
Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler ici que, non, Apple n’a pas inventé dans son coin l’écran “multi-touch” (multi-tactile), même si à l’évidence le iPhone en est une superbe application, et la première à atteindre un large public. Le Merl est l’un de ces laboratoires qui ont contribué à faire avancer ce schmilblick, avec notamment la table DiamondTouch (vidéo), opérationnelle et publiée dès 2001. C’est dans cette lignée que s’inscrit le LucidTouch, présenté il y a quinze jours à UIST07 (Symposium on User Interface Software and Technology, Newport, Rhode Island).
La vidéo dit tout : c’est par derrière le mobile que l’utilisateur touche virtuellement l’écran, avec huit doigts, qui apparaissent comme par transparence, tandis que les deux pouces permettent une interaction tactile classique, par devant, sur l’écran de visualisation. Le paradigme ainsi créé dépasse largement ce que nous a fait découvrir le iPhone. Les dix doigts peuvent donc intervenir, tandis que l’objet reste bien calé entre les deux paumes. L’utilisateur interagit avec les deux faces d’un écran virtuellement transparent, placé entre ses deux pouces et ses huit autres doigts.
Ce proto présente l’inconvénient d’avoir recours à une caméra pour “voir” les huit doigts cachés derrière le LucidTouch. C’est bien sûr une solution provisoire. On sait que des technologies sont à l’étude permettant de réaliser des écrans qui “voient” directement, à l’aide de capteurs intercalés entre les pixels. Comme ce prototype Toshiba Matsushita Display Technology présenté en septembre 2005. Et ce produit Sharp annoncé récemment, et déjà échantillonné.
Cette approche, dans laquelle l’écran “voit” les doigts, permet une interaction avant même le contact, et apporte par ailleurs d’autres possibilités intéressantes, comme celle de pouvoir capturer directement un document. Une évolution élégante du LucidTouch consisterait à utiliser un écran de ce type sur chaque face de l’objet. 



Reader Comments (7)
Très futé... pour de petits écrans.
Mais pour un 24" il faudra avoir le bras long ;-)
très bon le titre !
Une source d'infos primordiale à propos d'Apple est le site Macbrains, qui décortique les brevets déposés par la firme à la Pomme. Et que voit-on?
http://macbrains.info/joomla/content/view/93/1/
De même, pour le fameux écran de Sharp, Apple ayant déjà déposé un système dans ce sens, intégrant des capteurs entre les pixels.
En ce moment la firme de Jobs déposent à "tour de bras" (j'exagère bien sûr) des brevets sur des systèmes à "retour de force" sur des écrans tactiles permettant par exemple à des aveugles de lire du braille sur un écran multitouch!
@Vincent
Merci pour l'info. Excellent site, MacBrains, que je devrais consulter plus souvent. Je vois qu'il a d'ailleurs parlé du LucidTouch avant moi.
Ces brevets sur le haptique m'intéressent bigrement. Il y a longtemps que je dois écrire quelque chose sur le sujet.
De rien. C'est toujours un plaisir de vous lire.
Pierre, tu as raison le tactile par devant a l'inconvénient de cacher l'écran. Mais en même temps le geste me parait plus naturel de vouloir pointer ce que l'on voit de face au lieu de glisser son doigt derrière l'écran. C'est un peu comme en voiture. On a tendance à vouloir retourner la tête pour bien "voir" ce qui nous précède plutôt que de regarder dans le rétroviseur. Alors, je ne suis pas certain qu'un écran tactile par derrière rencontre vraiment du succès chez le grand public une fois sorti du labo.
@Claude
On peut trouver à cette approche d'autres inconvénients encore. La transparence perturbe la vision des images affichées, par exemple.
Je ne préjuge pas du succès en général de cette technologie. Mais je ne serais pas étonné qu'elle se trouve une niche applicative ou deux.
D'une manière générale, ce que j'essaye de faire passer dans un billet de ce genre, c'est que "pendant la vente (de l'iPhone), les travaux (de recherche) continuent". En l'occurrence, le tactile ne fait que commencer.