Putains de dot com !
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Hermann Vogel (1856–1918)Déjà entendu parler de payperpost.com ? Ou de usersubmitter.com ? Ces deux jeunes pousses représentent la fine fleur du mariage du Net et du néolibéralisme « no limit ». À tel point qu’en les visitant on se pince, on se dit, non, il doit s’agir d’une blague, au détour d’un clic je vais tomber sur un message annonçant : c’est pour rire, on vous a bien eu ! Mais je crains le pire. Surtout depuis que j’ai appris que payperpost.com a obtenu de braves capitalistes aventureux un financement de trois millions de dollars. Pas sûr que Inflexion Partners, Village Ventures et Draper Fisher Jurvetson soient des philanthropes de la déconne…
Payperpost.com propose à des annonceurs d’acheter à vil prix les scrupules de blogueurs faméliques. Et à ces derniers de faire le trottoir de la blogosphère. Prenons un exemple. Le site neuneu.eu n’est pas encore très couru. Son promoteur commandera à payperpost.com une campagne de posts à la gloire de son poulain. Et payperpost.com recrutera de pauvres blogueurs sans états d’âme, mûrs pour la prostitution, qui passeront à la casserole en racontant à quel point la fréquentation de neuneu.eu a changé leur vie. Sans oublier, c’est capital, de fournir un lien (plutôt douze fois qu’une) vers du susdit site. Le tout pour quelques dollars. Si tout va bien, non seulement la notoriété de neuneu.eu augmentera du seul fait de l’influence exercée par les blogueurs, mais en plus, à cause des liens accumulés, son PageRank, c’est-à-dire sa notoriété chiffrée par les moteurs, sera valorisé. Avec pour conséquence de faire apparaître le nom du site plus haut dans les résultats des recherches sur mots clés.
De son côté, usersubmitter.com propose plus carrément d’acheter des votes. Il intervient sur digg.com, le plus célèbre site pratiquant le social bookmarking. Les internautes y désignent eux-mêmes les meilleures news du moment. Supposons que Neuneu.eu fasse déjà l’objet d’un papier élogieux, repéré par Digg. À nouveau, son promoteur pourra offrir du rab de notoriété à neuneu.eu en achetant auprès de usersubmitter.com des votes d’internautes. Tarif ? Pour le forçat du clic, c’est 0,1 $ le “digg” (vote). Mais le client paye 1 $ la passe. Marge brute pour le proxo : 90 %. Normal, il a des frais…
Il y a des naïfs pour croire qu’une technologie choisit son camp, celui du bien ou du mal. Un peu comme d’autres croient que la nature serait gentille, il en est pour claironner qu’Internet serait par nature un instrument bienveillant, qui ne demanderait qu’à aider l’humanité à se libérer de ses chaînes. À les entendre, http et html seraient les deux mamelles de la e-démocratie en marche. Tu parles…
Sans doute que l’invention de Tim Berners-Lee change et changera le monde pour le meilleur et pas seulement pour le pire. Sans aucun doute, les gueux auraient tort de ne pas s’emparer de cette nouvelle arme pour améliorer l’ordinaire du combat pour la démocratie sur Terre. L’arrivée de monstres.com comme PayPerPost et User/Submitter démontre encore une fois, avec éclat, que toute innovation, du feu à l’atome, peut se mettre au service du meilleur de l’homme comme… du meilleur des mondes. Les technologies n’ont pas d’amour propre, elles s’offrent… au plus offrant.



Reader Comments (7)
Mais comment résister à cela, d'autant qu'il n'y a pas de discour "pédagogique" concernant internet et les manipulations neuro-psycho-socio.... toxiques.
Le sujet des "serfs du web" (ou "e-sclaves" ?) me titille moi aussi. Le dernier truc crapoteux dont j'ai eu vent, c'est le recrutement, par des artistes du malware, de pauvres hères chargés de lire à tour de bras des "captchas", ces griboullis utilisés par certains sites pour distinguer les vrais internautes des robots spameurs ou pilleurs. Ce qui permet à leurs employeurs de, précisément, faire passer pour un humain leur logiciel, qui par exemple poste à bras raccourcis de la pub pour du Viagra à la noix sur de pauvres blogs sans défense. Mais jusqu'où iront-ils ?
Pire, quand on vulgarise le Net, c'est 99 fois sur 100 pour nous dire qu'il va (forcément) nous libérer. Comme si le grand méchant loup n'allait rien tenter pour le récupérer. Alors que même sans parler des efforts directs pour nous manipuler, des outils qui ont l'air bien braves en apparence ont des effets pervers terribles. Un exemple bien connu : maintenant que les bots de Google et autre ratissent les sites de news, le "milieu" de la presse sait que pour augmenter ses chances d'être "pêché" par une recherche sur mots-clés, le titre d'une news doit être au ras des paquerettes. Un titre subtil, "à la libé" par exemple, est disqualifié par cette mécanique, qui par ailleurs prétend "mettre toute l'info du monde à la portée de tous". La formule devient exacte si l'on ajoute un qualificatif, comme "info normalisée" ou "formattée".
faut être explicite…
D'ailleurs, aie tech, c'est pas terrible coco…
Observatoire technologique de mes deux est déjà plus adapté…!!
Absolument. Aujourd'hui, le journaliste de base (surtout son chef de service) doit savoir que s'il choisit un titre très raplapla pour un article, ce dernier aura plus de chances d'être googlé par mots clés et correctement catégorisé par Google News. Si au contraire ce titre joue sur les mots, cligne de l'œil, voire cause le happy few, il risque fort de passer à l'as. Fini de rigoler, dans les rédacs. Pourtant, du peu de temps que j'ai pu passer dans les murs de Libé, à l'époque de la rue Christiani, c'est sans doute les séances de titrage qui me laissent le meilleur souvenir. C'était parfois des tranches d'oulipo à 6 ou 8, dont on ressortait les zygomatiques et le diaphragme à bout de souffle. Mais je m'égare…